Bts : Encore des fraudes à l'examen national

Un module de comptabilité a été proposé par Siantou supérieur au Bts blanc et au Minesup pour l'examen national.

Mardi 7 juin. Les examinateurs du Bts, centre de Douala entrent dans la salle d'examens au Complexe universitaire Esg à Ndokoti. Ils sont suivis par les contrôleurs du Minesup, dépêchés dans la capitale économique, afin de superviser le déroulement des épreuves. Lorsque les examinateurs achevent de distribuer les épreuves et que les candidats se mettent à composer, un étudiant susurre à son voisin : «L'eau a coulé à Yaoundé ; la semaine dernière, un ami qui va à Siantou supérieur m'a envoyé ce sujet, nous l'avons traité dans notre groupe de travail, mais nous ne sommes pas certains d'avoir été sur le bon chemin, car nous ne disposions pas de corrigé...» révèle le candidat.

L'affaire aurait pu s'arrêter là. Mais, à la fin de cette troisième journée d'examen, les étudiants qui n'étaient pas dans la trouvaille, décident de la porter à la connaissance des autorités ministérielles. Un collectif de candidats est aussitôt créé. Il ne concerne que les étudiants ayant composé en «Comptabilité et gestion d'entreprises», mais qui ne connaissaient pas l'existence du sujet venant de Siantou supérieur. Dans sa requête, le collectif demande au Minesup d'user de ses prérogatives de responsable en chef de cet examen, pour faire annuler des épreuves de l'édition de Bts de cette année 2011, à défaut, de ne pas prendre en compte le module dénommé «Epreuve professionnelle de synthèse». L'épreuve en question est un ensemble de matières qui, fusionnées, aboutissent à résoudre un cas dans la comptabilité générale d'une entreprise.

Pour motiver leur démarche, les auteurs de la requête expliquent que, le 7 juin, lorsque les examinateurs du Bts Centre constatent à leur grand étonnement que cette Eps n'était qu'une copie conforme du module que le Complexe universitaire Siantou avait proposé trois semaines plus tôt à ses étudiants au «Bts blanc», au cours de la préparation intensive de l'examen national, ils avaient estimé que la règle de la confidentialité avait été violée.
En proposant au Minesup d'annuler ce module, le collectif précise: «...cette situation est déplorable, inacceptable, laquelle marginalise les candidats des autres centres d'examen et outre que celui de Yaoundé... Cela entre en contradiction avec les dispositions de la circulaire No 04/003/Minesup/Ddes/Peex du 13 avril 2004».
En effet, cette circulaire est envoyée à chaque enseignant dont les unités d'enseignement font partie du menu d'évaluation au Bts ; elle engage «l'enseignant à ne divulguer les propositions d'épreuves envoyées au Minesup avant cinq ans, de quelque manière que se soit, et certifie sur l'honneur que lesdites propositions n'ont pas été extraites d'un livre ou de tout autre document similaire, et qu'elles n'ont pas déjà été traitées ailleurs, sous quelque forme que se soit».

Pour le cas d'espèce, cette disposition ne semble pas avoir été respectée par l'enseignant qui a proposé son épreuve à la fois à Siantou et au Minsup. Pour Jean Daniel Aba, le sous-directeur chargé des Programmes et des Examens, «la doléance des étudiants étant fondée, une commission mise en place va l'examiner avant d'annuler le module en question».
Pour Eugène Kamsu, enseignant de comptabilité au Bts, «Il n'est pas acceptable que chaque année, les mêmes récriminations reviennent, impliquant les mêmes établissements... en 2008, c'est l'épreuve de fiscalité qui a subi le même sort ; c'est le Minesup qu'il faut blâmer, car il laisse prospérer dans la filière Bts une mentalité de commerce, avec ses effets de concurrence et de course vers les effectifs de réussite aux examens nationaux. Cette mentalité gagne de plus en de terrain, il sera difficile de travailler sereinement dans un tel environnement où l'éthique disparait».
Les candidats du Bts en comptabilité sont presque sur pied de guerre ; un membre du collectif à Douala est clair: «On peut rater un examen, c'est normal ; mais qu'on ne nous crée pas les conditions de non réussite à cause de leurs tripatouillages», prévient-il.

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